Dans le cadre d’Octobre Rose, mois consacré à la sensibilisation au cancer du sein, Mme Kaming Amida, épouse Poro, sage-femme et responsable de la maternité du CMS Agbonou (Atakpamé ), invite les femmes, particulièrement celles de la région des Plateaux, à miser sur l’autopalpation et le dépistage précoce. Dans une interview accordée à TogoPost, elle revient sur les signes d’alerte, les moyens de prévention et l’importance d’une consultation rapide en cas d’anomalie. Elle souligne également les difficultés d’accès à la mammographie dans les Plateaux et plaide pour un meilleur rapprochement des services de dépistage des populations. Lisez…
Bonjour Mme Kaming Amida, épouse Poro, vous êtes sage-femme et responsable de la maternité du CMS Arbonne, dites-nous, qu’est-ce que le cancer du sein ?
Le cancer du sein est une maladie caractérisée par le développement anarchique de cellules anormales dans le sein. Ces cellules se multiplient progressivement et peuvent former une tumeur. La maladie peut évoluer au fil du temps. C’est une plaie inguérissable, ça commence quelque part et devient plus tard cancer.
C’est justement l’un des objectifs d’Octobre Rose qui est informer et sensibiliser les femmes sur le cancer du sein, notamment sur l’importance de sa détection précoce par le dépistage.
Quels sont les signes qui doivent alerter les femmes ?
Plusieurs signes peuvent attirer l’attention : une boule dans le sein, une douleur inhabituelle, un gonflement, une inflammation donnant à la peau un aspect de peau d’orange, une modification du mamelon ou encore un écoulement du mamelon, parfois accompagné de sang.
Face à l’un de ces signes, il est important de consulter un professionnel de santé afin d’en déterminer la cause.
La présence d’une boule dans le sein signifie-t-elle forcément qu’il s’agit d’un cancer ?
Non. Une boule dans le sein ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’un cancer. Certaines masses sont bénignes, tandis que d’autres peuvent être malignes.
Il faut donc consulter pour réaliser les examens nécessaires, notamment une échographie mammaire ou une mammographie, selon le cas. Si cela s’avère nécessaire, un prélèvement ou une intervention peut permettre d’analyser la masse et d’en déterminer la nature.
Même lorsqu’une masse n’est pas cancéreuse, un suivi médical peut être recommandé, car certaines anomalies peuvent réapparaître.
Comment une femme peut-elle surveiller elle-même ses seins ?
Les femmes peuvent pratiquer l’autopalpation, c’est-à-dire examiner elles-mêmes leurs seins. Cet examen peut être réalisé après les règles, lorsque les seins sont généralement moins sensibles.
Il existe deux gestes complémentaires. Le premier consiste à observer ses seins devant un miroir. Il faut regarder leur forme, leur aspect et vérifier si l’un présente une modification inhabituelle par rapport à l’autre.
Le second consiste à palper les seins en position allongée. Avec la main opposée au sein examiné, on explore progressivement toute la poitrine, sans oublier les différentes zones. Il faut rechercher une éventuelle boule ou toute autre anomalie.
Si une modification inhabituelle est constatée, il faut consulter un professionnel de santé. Les femmes qui ne savent pas pratiquer l’autopalpation peuvent également demander conseil à un agent de santé, notamment dans les services de maternité.
Pourquoi le dépistage précoce est-il important ?
Le dépistage permet de repérer des anomalies et de les prendre en charge rapidement. Lorsqu’une anomalie est détectée, des examens complémentaires, comme l’échographie mammaire, la mammographie ou d’autres analyses, peuvent être réalisés afin de préciser le diagnostic.
La prise en charge dépend ensuite de la nature de l’anomalie et de son évolution. Plus le cancer est détecté tôt, meilleures sont généralement les chances de bénéficier d’un traitement efficace.
Il ne faut donc pas attendre que la maladie évolue avant de consulter.
Une personne atteinte d’un cancer du sein à un stade avancé peut-elle guérir ?
Cela dépend du stade de la maladie et de plusieurs autres facteurs. Seules les personnes spécialisées en cancérologie peuvent mieux détailler les différents stades, mais je sais que les chances de guérison dépendent notamment du moment où la maladie est détectée et de la prise en charge proposée.
Lorsqu’un cancer est découvert à un stade précoce et qu’il est encore localisé, et on fait une ablation du sein par exemple avec un suivi, le traitement peut donner de bons résultats. En revanche, lorsque la maladie est très avancée, la situation est plus complexe.
Les Cancérologues ou gynécologues sont encore bien placés pour mieux vous expliquer cela.
L’allaitement ou la succion des seins par le partenaire peuvent-ils prévenir le cancer du sein ?
L’allaitement est un facteur reconnu dans la prévention du cancer du sein. Toutefois, je ne dispose pas d’études permettant d’affirmer que la succion des seins par le partenaire prévient cette maladie. Il est donc important de s’appuyer sur des informations médicales fiables et de ne pas considérer cette pratique comme une méthode de prévention.
Quel message adressez-vous aux jeunes filles et aux femmes de la région des Plateaux ?
Mon principal message concerne l’autopalpation pour toutes les femmes, c’est le premier moyen de dépistage et le plus simple. Lorsqu’une femme découvre une boule ou une autre anomalie dans son sein, elle doit consulter sans tarder pour en connaître la cause.
Des campagnes de sensibilisation et des séances de dépistage sont régulièrement organisées, notamment pendant Octobre Rose. J’encourage les femmes à profiter de ces occasions pour se faire examiner et à suivre les recommandations des professionnels de santé.
Lorsqu’une femme est orientée vers un spécialiste, elle doit poursuivre les démarches. Chaque niveau de prise en charge a son importance.
Je les encourage également à ne pas négliger le dépistage du cancer du col de l’utérus. Certaines femmes hésitent à consulter par pudeur, car l’examen touche à leur intimité. Pourtant, ces consultations sont importantes pour détecter d’éventuelles lésions précancéreuses et permettre une prise en charge adaptée.
J’exhorte donc toutes les femmes, particulièrement celles de la région des Plateaux, à surmonter leurs appréhensions et à consulter dès qu’elles constatent une anomalie.
Qu’en est-il du coût de la prise en charge et de la disponibilité des examens dans la région des Plateaux ?
Le coût global de la prise en charge dépend des examens et des traitements nécessaires. Les spécialistes sont mieux placés pour donner des informations précises sur les frais liés au traitement du cancer du sein.
Lorsqu’une boule est détectée, une échographie mammaire ou une mammographie peut être prescrite selon le profil de la patiente et l’évaluation médicale.
Dans la région des Plateaux, l’accès à la mammographie reste une difficulté, car cet examen n’y est pas disponible, selon mon expérience. Les femmes doivent alors se déplacer vers d’autres localités pour en bénéficier, ce qui entraîne des dépenses supplémentaires.
Il serait donc souhaitable de faciliter l’accès à ces examens, de réduire leur coût et d’envisager l’installation d’équipements de mammographie dans les Plateaux-Est et les Plateaux-Ouest. Cela permettrait de rapprocher les services de dépistage des populations et d’encourager davantage de femmes à se faire examiner.
Pour conclure, quel est votre dernier appel ?
J’invite toute la population, particulièrement les femmes, à prendre le dépistage au sérieux. Il ne faut pas attendre l’apparition de signes inquiétants pour consulter. En cas d’anomalie, il est essentiel de se rendre dans un centre de santé et de suivre les recommandations des professionnels.
La prévention, le dépistage précoce et une prise en charge adaptée sont essentiels pour lutter contre le cancer du sein.
Interview réalisée par Stan AZIATO










