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[Dossier] Atakpamé : quand les céréales font reculer la délinquance

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[Dossier] Atakpamé : quand les céréales font reculer la délinquance
[Dossier] Atakpamé : quand les céréales font reculer la délinquance

À Atakpamé, le marché d’Akpessémé fait bien plus que prospérer grâce au commerce des céréales : il s’impose comme un rempart économique contre la précarité et, selon ses acteurs, la délinquance juvénile. Entre création d’emplois, dynamisme des échanges transfrontaliers et autonomisation des jeunes, immersion au cœur d’un marché qui transforme les récoltes en opportunités et redessine les perspectives économiques de toute une région.

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La ville d’Atakpamé est connue pour certains par ses sept collines, d’autres pour son relief impressionnant et son mets traditionnel à base de fonio, le « Wohè ». Mais elle abrite également un atout économique dont on parle peu : le marché d’Akpessémé. Un espace commercial consacré essentiellement à la vente de céréales. Plus qu’un simple lieu d’échanges, ce marché constitue un véritable carrefour économique où commerçants, producteurs, acheteurs et jeunes travailleurs trouvent leur compte.

[Dossier] Atakpamé : quand les céréales font reculer la délinquance

Situé au cœur de la ville d’Atakpamé, le marché d’Akpessémé n’a rien à envier aux autres grands marchés du pays. Sauf que sa particularité réside dans sa spécialisation qu’est la vente uniquement que des céréales et les produits dérivés. Maïs, haricots, gari, arachides, soja, petit mil et bien d’autres denrées y sont commercialisés en grandes quantités.

Dans la région des Plateaux, Akpessémé s’impose ainsi comme un important centre de rassemblement et de distribution des produits céréaliers. Le marché s’anime trois (03) fois par semaine, notamment les mardis, jeudis et samedis.

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Durant ces journées, commerçants, producteurs, acheteurs et transporteurs s’y retrouvent pour vendre, acheter et approvisionner plusieurs localités du Togo, mais aussi des pays voisins.

Madame Yawa Delodji, vice-présidente du marché, y exerce depuis 2006, soit une vingtaine d’années.

« Au marché d’Akpessémé ici, nous ne commercialisons que des céréales. Tous les types de céréales s’y trouvent. Je fais au moins 20 ans dans ce marché », explique-t-elle.

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Vice présidente du marché

Pour Da-Chimène, une autre commerçante, Akpessémé mérite sa place parmi les grands marchés céréaliers du Togo.

« Si on veut citer les plus grands marchés de céréales au Togo, on doit citer aussi le marché d’Akpessémé. Le marché accueille des acheteurs en gros et au détail, venus de plusieurs localités », affirme-t-elle.

Bonne affaire entre commerçants et producteurs

Pour assurer leur approvisionnement, les commerçants d’Akpessémé se tournent vers les marchés de la région et, surtout, vers les villages environnants. Les déplacements sont organisés en fonction des jours de marché et de la disponibilité des produits.

Le lundi, certaines commerçantes se rendent notamment à Boko, Kpapo et Katoré. Le mercredi, elles prennent la direction d’Akparé, de Tigri ou de Kopé. Le vendredi, elles vont vers Amou-Oblo et les villages environnants.

Ce système leur permet d’acheter les produits auprès des cultivateurs avant de revenir les écouler à Akpessémé les jours de marché.

« Nous allons dans les villages le lundi pour acheter les produits et nous revenons vendre le mardi ici à Akpessémé. Nous repartons le mercredi pour revenir vendre ici le jeudi. Le vendredi, nous retournons dans les villages pour revenir vendre le samedi à Atakpamé », explique John, un commerçant de céréales.

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Pour garantir la disponibilité des produits, certains commerçants vont plus loin en participant au financement des activités agricoles. Une forme de partenariat se développe ainsi entre les vendeurs et les cultivateurs, parfois avec l’appui de personnes-relais installées dans les villages et les marchés environnants.

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Ces intermédiaires facilitent les achats, entretiennent les relations avec les producteurs et contribuent à sécuriser les approvisionnements.

« Nous nous rendons souvent dans les villages environnants pour acheter les produits. Il y a des cultivateurs qui nous réservent la plupart du temps leurs récoltes. Parfois, nous finançons les cultures par l’achat d’engrais, de pesticides et d’herbicides. À la récolte, nous prenons une quantité de produits proportionnelle au financement apporté, tandis que le cultivateur conserve le reste pour en faire ce qu’il veut », détaille Yawa Delodji.

Cette collaboration permet aux commerçants de mieux préparer leurs approvisionnements tout en offrant aux producteurs un soutien financier pour leurs activités.

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Des prix qui attirent les acheteurs

Si le marché d’Akpessémé attire autant de monde, c’est notamment grâce à la disponibilité des produits et à leurs prix, jugés relativement abordables par les acheteurs.

Les tarifs pratiqués dépendent essentiellement du prix d’achat dans les villages, de la qualité des produits et des conditions du marché. Selon les commerçants interrogés par Togopost, en cette période d’abondance, le maïs acheté à 250 francs CFA dans les villages peut être revendu à 300 francs CFA à Akpessémé.

La différence d’environ 50 francs CFA permet aux commerçants de couvrir une partie de leurs charges et de dégager une marge, qui peut varier selon la qualité des céréales et les conditions d’approvisionnement.

Cette dynamique contribue à faire d’Akpessémé une destination privilégiée pour les acheteurs à la recherche de produits disponibles à des prix compétitifs.

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Une clientèle qui dépasse les frontières togolaises

La réputation du marché d’Akpessémé dépasse largement les limites de la région des Plateaux. Des acheteurs venus de plusieurs localités du pays, notamment Tabligbo, Afoin, Vogan, Adidogomé, Gbossimé, Sanguéra, Kétao et Sokodé, s’y rendent régulièrement pour s’approvisionner.

Le marché accueille également des commerçantes venues du Bénin et du Ghana, confirmant son rayonnement au-delà des frontières nationales.

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Installée à Atakpamé depuis quatre ans, Rafia, une fonctionnaire, affirme privilégier ce marché lorsqu’elle souhaite acheter des céréales.

« Je suis à Atakpamé depuis quatre ans. Il y a plusieurs marchés dans la ville, mais quand j’ai besoin de céréales, je viens directement à Akpessémé parce qu’ici, c’est moins cher et on trouve toujours ce qu’on veut », témoigne-t-elle.

Pour d’autres acheteurs, la réputation du marché constitue une raison suffisante pour s’y rendre. C’est le cas de Généviève, qui y effectuait son premier achat.

« C’est la première fois que je viens ici, au marché d’Akpessémé. J’ai appris que les produits sont moins chers ici, donc je me suis dit : pourquoi pas ? », confie-t-elle.

Ces témoignages illustrent l’attractivité d’Akpessémé, dont l’activité repose à la fois sur la diversité des produits, leur disponibilité et les prix pratiqués.

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Des emplois pour les jeunes et un moyen de subsistance

Au-delà de sa fonction commerciale, le marché d’Akpessémé représente une importante source de revenus pour de nombreux habitants d’Atakpamé. Les activités qui s’y développent génèrent des emplois directs et indirects, notamment dans le transport, la manutention et la couture des sacs de céréales.

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Conducteurs de tricycles, conducteurs de taxi-motos, porteurs et autres prestataires de services profitent de l’affluence des commerçants et des acheteurs pour exercer de petites activités génératrices de revenus.

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Le jeune Olou, rencontré sur les lieux, illustre cette réalité. En plus de transporter les sacs de céréales d’un point à un autre, il propose un service de couture des sacs au profit des vendeurs et des acheteurs.

« Moi, je couds les sacs ici au marché pour ceux qui viennent acheter et même pour ceux qui vendent. Ceux qui veulent qu’on déplace leurs sacs de céréales nous font également appel et nous paient. Je gagne un peu en venant ici les jours de marché, ce qui me permet de subvenir à mes besoins. Un samedi, par exemple, je peux gagner 5 000 francs CFA rien qu’en cousant les sacs, sans compter les frais de transport », explique-t-il.

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De son côté, Alex, conducteur de tricycle, assure également la subsistance de sa famille grâce aux activités du marché.

« Les commerçants nous sollicitent pour transporter leurs marchandises du magasin au marché et vice versa. Lorsqu’ils vont acheter les produits chez les cultivateurs, ils font aussi appel à nous pour les acheminer des villages vers les magasins ou le marché. Nous trouvons ainsi du travail et gagnons notre vie. Je rends grâce à Dieu, car cette activité me permet de nourrir ma famille et de subvenir à ses besoins », confie-t-il à Togopost.

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Pour Yawa Delodji, cette mobilisation des jeunes autour des activités du marché contribue également à la réduction de la délinquance dans la ville et ses environs. En offrant des possibilités de revenus à ceux qui ne disposent pas d’un emploi stable, Akpessémé participe, selon elle, à l’occupation productive de la jeunesse.

« Le marché apporte beaucoup de choses à la jeunesse. Grâce à lui, les vols ont presque diminué, surtout à Atakpamé, parce qu’une bonne partie des jeunes qui n’ont pas encore de travail fixe exercent ici. On trouve ceux qui cousent les sacs, ceux qui transportent les marchandises et bien d’autres », souligne la vice-présidente.

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Au-delà des sacs de maïs, de soja, de haricots et d’autres céréales qui s’y échangent, le marché d’Akpessémé raconte une histoire de solidarité et d’opportunités économiques. De la campagne aux villes, des producteurs aux consommateurs, en passant par les commerçants et les jeunes travailleurs, ce marché tisse un réseau d’activités qui fait vivre de nombreuses familles. À Atakpamé, son importance dépasse donc largement le commerce des céréales. Il nourrit les ménages, soutient les producteurs et offre des perspectives à une jeunesse en quête de revenus. Akpessémé s’affirme ainsi comme l’un des poumons économiques de la ville, un patrimoine commercial à valoriser pour renforcer davantage son rôle dans le développement de la région des Plateaux et les échanges avec les pays voisins. Si on est d’accord que le marché d’Akpessémé est aujourd’hui une plateforme économique pour le pays et ses voisins, son état reste à parfaire afin de lui donner un standing à la hauteur de son apport.

Stan AZIATO

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