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Sujet intime, universel et pourtant profondément tabou, la masturbation continue de se heurter au silence, à la culpabilité et aux jugements moraux dans de nombreuses sociétés africaines. Autour d’elle s’entremêlent croyances populaires, interdits religieux, peurs sociales et réalités médicales souvent méconnues. Pratique banale pour les spécialistes de la santé sexuelle, elle demeure pour beaucoup un terrain d’ambiguïté, entre soulagement personnel, excès possibles et condamnation symbolique. Dès lors, une question s’impose : faut-il continuer à la diaboliser, ou enfin l’aborder avec lucidité, connaissance et nuance ?
Dans de nombreuses sociétés africaines, la sexualité demeure un sujet délicat, souvent relégué à la sphère du silence ou abordé sous l’angle strict de la reproduction. Dans ce contexte, la masturbation apparaît comme l’un des sujets les plus sensibles, voire les plus évités. Pourtant, elle constitue une réalité bien présente, notamment chez les jeunes et les adultes sexuellement actifs.
Définie comme la stimulation volontaire de ses propres organes sexuels dans le but de ressentir du plaisir ou d’atteindre l’orgasme, la masturbation concerne aussi bien les hommes que les femmes. Mais dans l’imaginaire collectif, elle est encore largement associée au genre masculin, renforçant une perception biaisée et incomplète du phénomène.
Au Togo, elle est familièrement appelée « masto », tandis qu’en Côte d’Ivoire, certains la désignent sous le terme « ahoko ». Derrière ces appellations populaires se cache une pratique répandue, mais rarement assumée publiquement.
« Qui ne s’est jamais masturbé au moins une fois ? », s’interroge Alex (nom d’emprunt), convaincu que cette pratique traverse toutes les couches sociales. « Il y a des moments dans la vie où cela arrive naturellement, surtout chez les jeunes. »
Même son de cloche chez Lidia : « Beaucoup le font, mais personne ne veut en parler. Pourtant, cela peut être une alternative pour éviter certaines situations ou tentations. »
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Ce silence collectif s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le poids des normes culturelles, qui associent la sexualité au mariage et à la procréation. Ensuite, l’influence religieuse, qui prône souvent la maîtrise des désirs et condamne toute forme de sexualité solitaire. Enfin, le manque criant d’éducation sexuelle, qui laisse place aux rumeurs, aux peurs et aux idées reçues. La masturbation demeure cantonnée à une zone d’ambiguïté, entre une pratique largement répandue et un discours social fortement culpabilisant.
Entre mythes, croyances et réalités scientifiques
Autour de la masturbation gravitent de nombreuses croyances, parfois profondément enracinées dans les mentalités. Certaines personnes pensent qu’elle peut provoquer la stérilité, la folie, une faiblesse physique, voire des malédictions ou des blocages dans la vie.
Ces idées, bien que répandues, ne reposent sur aucune base scientifique solide.
Selon les spécialistes de la santé sexuelle, la masturbation fait partie du développement normal de la sexualité humaine. Elle ne constitue pas un danger en soi, tant qu’elle est pratiquée de manière modérée et sans impact négatif sur la vie quotidienne.
Le Docteur Désiré, médecin généraliste à Lomé, est catégorique : « Médicalement, la masturbation n’a pas de conséquence sur celui qui la pratique. Contrairement à certaines croyances populaires, la masturbation n’est pas dangereuse pour la santé lorsqu’elle est pratiquée de manière modérée. Sans en faire l’apologie, on peut même dire qu’elle présente certains bénéfices. »
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Parmi ces bénéfices, on note notamment la réduction du stress, grâce à la libération d’hormones telles que les endorphines et l’ocytocine qui procurent une sensation de bien-être ; l’amélioration du sommeil, l’organisme entrant après l’orgasme dans une phase de relaxation favorable à l’endormissement ; une meilleure connaissance de son corps, permettant d’identifier ses zones de plaisir et d’améliorer la communication dans la vie sexuelle ; ainsi que la gestion de la frustration sexuelle, particulièrement utile chez les personnes célibataires ou dans les relations à distance.
« La masturbation permet d’identifier ses zones de plaisir et d’améliorer la communication sexuelle au sein du couple. Aussi, cela peut contribuer à réduire la frustration sexuelle chez les personnes célibataires ou chez les couples éloignés. Chez l’homme, certaines études évoquent également un possible rôle protecteur contre certains troubles de la prostate, même si les recherches restent encore en cours », a expliqué le Dr Désiré.
Cependant, les spécialistes mettent en garde contre les excès. Comme toute pratique, la masturbation peut devenir problématique lorsqu’elle devient compulsive. Une fréquence excessive, une perte de contrôle, ou un impact négatif sur la vie sociale et professionnelle peuvent traduire un comportement addictif, souvent lié à l’anxiété, à la solitude ou à une dépendance à la pornographie. Dans ces cas, elle n’est plus un simple acte de plaisir, mais un symptôme à prendre en charge.
Une pratique aux multiples formes et motivations
Contrairement à certaines idées simplistes, la masturbation ne se limite pas à un geste unique ou à une seule méthode. Elle peut prendre des formes variées, en fonction des individus, de leur sensibilité et de leur rapport au corps. Chez l’homme, elle consiste généralement à stimuler le pénis, le plus souvent avec la main. Chez la femme, elle implique souvent la stimulation du clitoris, mais peut également concerner d’autres zones érogènes.
Avec l’évolution des technologies, de nombreux accessoires communément appelés sextoys sont aujourd’hui utilisés pour intensifier les sensations. On se souvient notamment de l’apparition des « poupées sexuelles », développées il y a quelques années en Chine, et conçues pour répondre aux besoins sexuels de certains hommes, sans recours nécessaire à une partenaire réelle. Vibromasseurs, stimulateurs ou autres dispositifs permettent d’explorer le plaisir de manière plus diversifiée. Et justement, pour Monsieur Julien, c’est l’avènement de ces objets qui permet aujourd’hui d’enlever le mythe autour du sujet.
« C’est un phénomène qui prend sa source dans les réseaux sociaux, plus précisément dans les conseils de certains coachs qui disent aux jeunes filles qu’elles peuvent vivre seules sans avoir besoin d’un homme pour faire le sexe. Il suffit d’avoir un sextoy avec soi et le tour est fait. Et les vendeurs de ces sextoys vendent beaucoup l’illusion de ces outils dans la procuration de plaisirs inattendus », a déclaré Monsieur Julien.
« L’accès facile aux contenus sur Internet joue aussi un rôle important, car cela expose à différentes pratiques et peut donner envie d’expérimenter. Les objets peuvent aussi offrir des sensations plus intenses ou différentes, ce qui attire certaines personnes », appuie Madame Lidia.
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Mais au-delà des outils, les motivations sont elles aussi multiples. Pour certains, il s’agit de soulager une tension sexuelle ou de mieux se concentrer. « Moi, je suis jeune, j’ai une copine qui n’est pas tout le temps disponible alors qu’il arrive à des moments où je ressens un grand désir de faire le sexe. Quand ça arrive, je n’arrive plus à me concentrer sur mon travail. Pour donc bien travailler, je me libère moi-même puis mon organisme se calme et mon cerveau se focalise sur le travail. Je me sens bien aussi sans avoir dépensé de l’argent pour une fille qui viendrait me satisfaire », a confié Monsieur Alex à Togopost.
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Pour d’autres, la masturbation devient un outil de découverte de soi. Certaines femmes, par exemple, découvrent leur capacité à atteindre l’orgasme seules, parfois après des expériences insatisfaisantes en couple. Une position expliquée par Madame Lidia qui affirme que : « Aujourd’hui, si certaines jeunes filles utilisent des objets pour se masturber, c’est surtout par curiosité de découvrir leur corps. Il y a des femmes, par exemple, qui sont femmes fontaines et qui ne l’ont jamais su parce qu’aucun homme ne leur a permis d’atteindre un niveau d’orgasme suffisant pour le savoir. Alors qu’en utilisant des appareils comme les vibros et autres, ces femmes arrivent à découvrir tout cela. Aussi, certaines filles ou femmes se masturbent pour garder leur dignité en tant que femme. Souvent blessées par des hommes qui, après avoir couché avec elles, les laissent. Elles décident alors de s’autosatisfaire pour que les hommes ne les embêtent plus et aussi pour qu’elles n’augmentent pas leur body count ».
La masturbation peut également être perçue comme une forme d’autonomie sexuelle, notamment chez des personnes ayant vécu des déceptions affectives ou souhaitant éviter certaines relations. Dans d’autres cas, elle constitue une réponse à un manque : absence de partenaire, éloignement dans le couple, ou difficulté à vivre une sexualité épanouie.
La masturbation, spirituellement dangereuse
Si la science adopte une approche globalement rassurante, certaines visions spirituelles ou traditionnelles proposent une lecture beaucoup plus critique de la masturbation.
Pour certains spiritualistes, elle serait source de déséquilibres énergétiques, voire de blocages dans la vie personnelle ou professionnelle. Ces interprétations, bien que non validées scientifiquement, trouvent un écho dans certaines croyances culturelles profondément ancrées.
Si médicalement la masto n’a pas vraiment de conséquences néfastes, sur le plan spirituel elle est dangereuse pour celui qui la pratique, d’après certains spiritualistes.
« La masturbation détruit la personne qui le fait. Le liquide qui sort de l’homme ou de la femme qui se masturbe jusqu’à jouir n’est pas censé être expulsé et jeté n’importe où. Les esprits recueillent ces liquides et les exploitent. Et cela engendre des blocages dans la vie active de celui qui se masturbe. Il y a des hommes à qui rien ne réussit, tout ce qu’ils entreprennent échoue, mais ils ignorent que c’est la masturbation qui agit piteusement sur eux. Pareil pour certaines femmes. Il y a même des femmes qui n’arrivent pas à avoir un homme stable dans leur vie. C’est parce qu’elles ont un esprit qui s’approprie leur corps à force de se masturber et cet esprit refuse de les voir avec d’autres hommes dans la vraie vie, donc aucune relation de ces femmes-là ne marche », a expliqué Togbui Negue Kokou Alex, Spiritualiste, Membre du bureau exécutif de la fédération nationale des cultes vodous et traditions du Togo.
Au-delà des débats entre science et spiritualité, une réalité s’impose : l’équilibre reste la clé. La masturbation devient problématique lorsqu’elle remplace systématiquement les relations humaines, lorsqu’elle s’installe dans une forme de dépendance ou encore lorsqu’elle affecte la santé physique à travers des irritations ou une fatigue excessive, ainsi que l’équilibre mental.
Pour les personnes qui souhaitent réduire ou arrêter cette pratique, les spécialistes recommandent d’identifier les situations ou les facteurs déclencheurs, tels que le stress, l’ennui ou l’exposition à certains contenus, puis de les substituer par des activités positives comme le sport, la lecture ou la socialisation. Ils insistent également sur l’importance d’adopter une bonne hygiène de vie et, en cas de difficulté persistante, de solliciter l’accompagnement d’un professionnel, notamment un psychologue ou un sexologue.
Entre tabou social, discours religieux, croyances populaires et données scientifiques, la masturbation demeure un sujet complexe, souvent mal compris. La réalité est pourtant plus nuancée : ni totalement anodine, ni intrinsèquement dangereuse, elle s’inscrit dans la diversité des comportements humains.
L’enjeu aujourd’hui n’est plus de juger, mais de mieux informer. Dans une société où les jeunes s’éduquent de plus en plus à travers Internet et les réseaux sociaux, le silence laisse place aux approximations, voire à certaines dérives. Briser le tabou, c’est aussi ouvrir la voie à une approche plus responsable de la sexualité, fondée sur la connaissance, le respect de soi et la recherche d’un équilibre durable.
Stan AZIATO

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