
À Atakpamé, le tissage de pagnes demeure bien plus qu’une activité génératrice de revenus : c’est un patrimoine culturel transmis de génération en génération. L’une des têtes qui œuvrent à la préservation de ce savoir-faire est Madame Finou Afoua, responsable de l’atelier « Afoua Tissu ». Dans un entretien exclusif accordé à Togopost, elle revient sur son parcours, les techniques de tissage, la place de cette activité dans la communauté et les opportunités qu’elle offre aux jeunes. Elle évoque également les difficultés rencontrées, et appel aux autorités à instituer deux jours de port de pagne tissé obligatoire aux fonctionnaires. Lisez plutôt…
Togopost : Parlez-nous un peu d’Afoua Tissu
Madame Finou Afoua : Afoua Tissu est un complexe qui comprend un atelier de tissage de pagnes, ainsi qu’une boutique de vente de pagnes tissés et non tissés. Il existe plusieurs sortes de tissage, notamment le haut métier, l’Agbatimé vo ou le Kente, qui se tisse avec l’usage des pieds, et le Danfani, qui est un pagne plus souple.
Mais notre spécialité ici, à Afoua Tissu, c’est le « haut métier », qui permet de fabriquer de larges bandes de pagne tissé.
Nous sommes installés depuis près d’une dizaine d’années. Le tissage de pagnes est une passion pour moi. C’est d’abord un héritage familial : mes parents l’ont pratiqué et, moi aussi, je perpétue cette activité. Partir de simples fils pour arriver à un pagne que l’on peut porter, c’est un savoir-faire de nos aïeux qui se transmet de mère en fille et que nous ne devons pas perdre.
Quelle est la procédure et combien de temps faut-il pour tisser une bande de pagne ?
Le tissage d’une bande de pagne prend deux jours. C’est l’assemblage de plusieurs bandes qui forme le pagne proprement dit.
Pour fabriquer le pagne, on commence d’abord par embobiner le fil autour d’un morceau de tuyau. Ensuite, on règle le matériel sur lequel le tissage se fait, appelé « métier ». On définit la mesure de la bande de pagne que l’on souhaite tisser sur le métier, puis on réalise la trame, qui est le fil avec lequel on tisse le pagne de manière verticale.
Quelle est la place du tissage dans les communautés à Atakpamé ?
Le tissage de pagnes constitue l’une des richesses de notre ville. Toute personne qui visite Atakpamé devrait visiter en premier lieu les artisans du milieu, notamment les tisserands, parce qu’ils contribuent à la préservation et à la valorisation de notre richesse culturelle.
Partir d’un simple fil pour aboutir à un pagne qui peut être cousu en habit est un véritable art.
Comment Afoua Tissu transmet-il son savoir-faire ?
Nous formons les jeunes, les adultes, les personnes handicapées et tous ceux qui sont motivés et qui expriment une passion pour le tissage. Nous les formons au sein d’Afoua Tissu.
Après une formation de trois ans, nous présentons nos apprenants à l’examen du CFA. Lorsqu’ils réussissent, nous assurons leur suivi pendant un certain temps avant de les laisser évoluer pour leur propre compte.
Lorsqu’une personne souhaite apprendre le tissage, mais n’en a pas les moyens, nous acceptons de la former gratuitement, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes. L’objectif est de les aider et d’éviter qu’ils ne tombent dans des pratiques malsaines.
Est-il possible de réussir sa vie en étant tisserand de pagnes ?
Oui, il est tout à fait possible de réussir sa vie en optant pour le métier de tisserand. L’essentiel est de prendre le travail au sérieux et d’être assidu dans la production.
Tous ceux qui exercent ce métier avec sérieux peuvent s’en sortir. Certains arrivent à nourrir leur famille grâce à cette activité et à réaliser leurs projets.
Quelles sont les difficultés liées à votre métier et quelle est votre doléance à l’endroit des autorités ?
Notre grande difficulté dans ce métier concerne le fil. Nous éprouvons beaucoup de difficultés à nous en procurer. Pour en trouver, il faut aller au Grand Marché de Lomé, au Ghana ou encore au Burkina Faso. Le fil n’est pas suffisamment disponible pour nous.
Nous remercions nos autorités pour leurs actions en faveur de la consommation des produits locaux. Nous souhaitons qu’elles encouragent davantage les populations à porter nos pagnes locaux. Nous souhaitons également que le gouvernement institue le port de pagnes tissés et de leurs dérivés deux jours par semaine pour les fonctionnaires.
Si le gouvernement arrive à mettre en place une telle mesure, les tisserands auront davantage de débouchés. Cela permettra également de mieux valoriser notre savoir-faire et nos productions.
Un appel à la population et aux jeunes d’Atakpamé
J’appelle les jeunes d’Atakpamé à commencer par utiliser les pagnes tissés. J’invite également ceux qui souhaitent apprendre un métier à opter pour le tissage de pagnes, parce que c’est aussi une activité qui permet de gagner sa vie.
Merci, Madame Afoua
C’est moi qui vous remercie.
Entretien réalisé par Stan AZIATO









