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Marché de Tcharè : quand le fer, le gingembre et la tradition se rencontrent

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Marché de Tcharè : quand le fer, le gingembre et la tradition se rencontrent
@Marché de Tcharè : quand le fer, le gingembre et la tradition se rencontrent

Sur les hauteurs du pays kabyè, à 18 Km de la ville de Kara, le marché de Tcharè ne dort jamais. Tout le Togo connaît ses forgerons, dont le savoir-faire se transmet depuis des siècles. C’est aussi un point important pour le commerce du gingembre.

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Entre odeurs d’épices, bruits d’enclumes et calebasses de bière locale «Tchoukoutou ».Voici une visite de ce marché hebdomadaire où l’on vient chaque lundi pour se procurer de quoi se soigner, retrouver ses racines et passer un bon moment.

Le gingembre, racine de santé en pays Kabyè

Dès l’entrée du marché, une odeur forte et fraîche accueille le visiteur. Le gingembre est vendu en grandes quantités. Il forme des tas qui débordent des bassines et des sacs posés à même la terre rouge.

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@Marché de Tcharè : quand le fer, le gingembre et la tradition se rencontrent

Pour les commerçantes, cette racine est bien plus qu’un ingrédient de cuisine. Elle leur apporte un revenu et sert aussi de médicament traditionnel.

Derrière son étal bien garni, Mme YOMA Odette est une commerçante connue de tous. Comme beaucoup de femmes togolaises, elle fait vivre l’économie à Tcharè. Elle vend à la fois des produits de la terre, le gingembre ; des outils de forge notamment les houes, castagnettes, gongs, etc.

« Je vends les houes et le gingembre. Je vends ce que je peux vendre afin de pouvoir prendre soin de ma famille ; c’est ce qui m’amène ici au marché », dit-elle avec un regard bienveillant. Pour elle, le gingembre suit le rythme des saisons :« Quand la saison pluvieuse commence, on sème. Dès que le gingembre est mûr, on commence à déterrer et on l’amène au marché pour le vendre. Certains acheteurs viennent s’approvisionner pour aller le faire sécher, d’autres l’utilisent directement en cuisine. Mais chez nous, c’est avant tout un puissant médicament. »

Dans les familles kabyè, la racine est surtout précieuse pour les mères. « C’est particulièrement bon pour les femmes enceintes et celles qui viennent d’accoucher », explique Mme Odette. « Lorsqu’une femme donne la vie, elle en consomme pour favoriser la cicatrisation des plaies internes et stimuler la montée de lait, permettant au nouveau-né de bien téter. C’est un remède très prisé chez nous, que nous cuisinons et consommons au quotidien, » a-t-elle expliqué.

Côté prix, Mme Odette détaille ses tarifs en montrant ses contenants :

« Dans cette bassine, ça fait 55 000 FCFA. Dans la petite assiette, ça fait 20 000 FCFA. Pour celle-là, on m’a proposé 38 000 FCFA, j’ai refusé. »

Elle espère mieux dans les semaines à venir : « Quand le prix va flamber, ça va atteindre 100 000 FCFA. »

Autour d’elle, les ventes se succèdent. Le gingembre se mesure au bol, ou s’achète en petits tas pour le repas du jour. Les gros sacs, eux, sont chargés dans des camionnettes à destination de Kara, Sokodé ou Lomé.

La forge, l’âme du marché de Tcharè

Réduire Tcharè à l’agriculture serait pourtant oublier ce qui fait son identité : la forge. À quelques pas des étals de gingembre, on entend le bruit sourd et régulier des marteaux sur l’enclume. Depuis des générations, les forgerons de Tcharè savent travailler le métal brut.

Sur les étals, comme celui de Mme Odette, les outils brillent au soleil : houes solides pour les sols rocailleux de la Kozah, coupe-coupe, couteaux et objets rituels. Ces pièces faites à la main montrent l’ingéniosité et la force du peuple kabyè, qui a transformé la montagne en terre fertile.

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@Marché de Tcharè : quand le fer, le gingembre et la tradition se rencontrent

Plus loin, l’ambiance change. Du côté des volailles, c’est un vrai concert : pintades locales au plumage tacheté, poulets « bicyclettes » vigoureux et canards se vendent au milieu des cris et des discussions animées. Les connaisseurs viennent y chercher la meilleure volaille pour une cérémonie coutumière ou un repas de fête.

Quand le soleil est au plus haut et que la gorge est sèche après des heures de marchandage, tout le monde se retrouve sous les hangars. On y partage la boisson emblématique de la région : le tchoukoutou.

Cette bière traditionnelle de sorgho, servie tiède et légèrement mousseuse dans des calebasses lissées par le temps, détend les esprits, fait oublier la fatigue et renforce les liens. Toutes les générations y trinquent ensemble, dans la bonne humeur.

Le marché de Tcharè n’est pas qu’un lieu de commerce : il garde vivant le patrimoine togolais. On peut y venir pour se soigner avec du gingembre fraîchement déterré, acheter une lame forgée dans les règles de l’art, ou simplement sourire autour d’une calebasse. Tcharè donne une belle leçon d’authenticité, de travail et de dignité. C’est un passage obligé, qui rappelle la richesse des savoir-faire de nos terroirs.

Plaki SIMLIWA

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