Plus qu’une danse, l’Atrikpui est un langage du corps et du tambour, forgé dans l’épreuve et transmis comme une mémoire vivante. Des champs de bataille d’hier aux célébrations d’aujourd’hui, ce rythme incarne la résistance, l’identité et l’âme du peuple Ewé.
Chez les Ewé, qu’ils soient du Togo, du Ghana, du Bénin ou d’ailleurs, les moments de joie, de tristesse, de deuil et même de combat s’expriment et se vivent à travers l’exécution de rythmes qui leur sont propres. Ces rythmes s’organisent en véritables batteries traditionnelles, parmi lesquelles figure l’Atrikpui.
Il s’agit d’un rythme traditionnel originaire d’Afrique de l’Ouest. Au Togo, il est présent dans presque toutes les communautés du sud du pays. S’il est appelé Atrikpui dans de nombreuses localités, il est connu sous le nom de Kpoka, notamment dans la préfecture de Vo. Les appellations diffèrent, certes, mais le rythme demeure fondamentalement le même, même si chaque communauté y apporte sa touche particulière pour mieux le ressentir et mieux le vivre.
Atrikpui, un rythme de guerrier
Atrikpui est un rythme rapide qui s’exécute à travers une danse très expressive, marquée par des mouvements énergiques, des jeux de pieds rapides, des gestes symboliques et une forte connexion entre les danseurs et les percussionnistes. Chaque mouvement porte souvent une signification sociale, historique ou spirituelle. L’ensemble de ces caractéristiques lui vaut l’appellation de « rythme de guerrier » ou de rythme de combat.
Les principales percussions sont généralement composées de plusieurs types de tambours traditionnels — au moins cinq tambours de différentes catégories — auxquels s’ajoutent des castagnettes, des gongs et des claquements de mains.
Le rythme Kpoka sert également de moyen de communication au sein de la communauté : il transmet des messages, renforce la cohésion sociale et permet la transmission des valeurs culturelles de génération en génération.

Naissance d’Atrikpui
Atrikpui ou Kpoka est un rythme créé par les ancêtres Ewé alors qu’ils vivaient sous l’autorité du roi Agokoli à Notsé, dans l’actuelle préfecture de Haho. Leurs descendants sont aujourd’hui répartis, à des degrés divers, au Nigeria, au Togo, au Bénin et au Ghana. L’histoire rapporte que ce rythme, par son énergie, sa capacité à stimuler la rage, la détermination, le courage et la bravoure, a aidé les ancêtres à faire face aux violences, à l’esclavage et aux oppressions qu’ils subissaient.
Plus tard, Atrikpui jouera un rôle catalyseur dans la fuite des Ewé hors de la domination du roi Agokoli. Il était entonné lorsque les ancêtres se préparaient à affronter un combat ou lorsqu’ils se sentaient en danger. Il constituait alors une véritable arme symbolique, une force cachée leur permettant de faire face à toute menace.
De nos jours, Atrikpui ou Kpoka est devenu une expression identitaire forte. Il est exécuté lors des cérémonies traditionnelles, des fêtes communautaires, des mariages, des rites culturels, des célébrations populaires et de diverses réjouissances.
Contrairement à certaines idées reçues, Atrikpui n’est ni un rythme vodou ni un rythme exclusivement lié à un couvent. Il est avant tout traditionnel et peut être joué en tout lieu.
Il est également exécuté en cas de mort tragique — par accident, par accouchement, par noyade — comme une manière symbolique de condamner un tel décès. Les communautés Ewé l’interprètent aussi lorsqu’elles pressentent un danger imminent.
Ainsi, l’Atrikpui ou Kpoka n’est pas un simple rythme traditionnel : il est une mémoire vivante, un cri d’histoire et un souffle de résistance. À travers ses percussions puissantes et sa danse expressive, il rappelle le courage des ancêtres Ewé, leur capacité à transformer la peur en force et l’oppression en détermination.
Aujourd’hui encore, chaque battement d’Atrikpui résonne comme un appel à l’unité, à la vigilance et à la fierté identitaire. Plus qu’un patrimoine culturel, il demeure une énergie collective reliant le passé au présent, et continue de faire vibrer l’âme d’un peuple.
Par Stan AZIATO avec l’apport de l’artiste Richard Atikin












