Dans une société où les canons de beauté se redéfinissent au rythme des réseaux sociaux, les corps féminins aux courbes généreuses sont devenus un idéal dominant. Mais derrière cette fascination pour les hanches larges et les fesses rebondies, se cache une pression sociale aux conséquences parfois lourdes, physiques comme psychologiques. Jusqu’où les femmes doivent-elles aller pour correspondre à ce modèle ?
Femmes skinny (sveltes) ou femmes au bassin large, aux hanches marquées et aux fesses généreuses ? La question, autrefois marginale, s’impose aujourd’hui comme un véritable débat de société, particulièrement en Afrique et au Togo. De plus en plus, les préférences masculines semblent se cristalliser autour d’un idéal féminin bien précis : des courbes prononcées, synonymes de féminité, de sensualité et parfois même de respect social.
Dans ce contexte, les femmes minces ou sveltes se sentent reléguées au second plan. Certaines témoignent d’un sentiment d’invisibilité, voire d’une dévalorisation explicite, au point d’être perçues comme des femmes « incomplètes ». Cette hiérarchisation des corps ne se limite plus aux sphères privées : elle s’exprime dans les communautés, les relations amoureuses, les espaces professionnels et surtout dans l’univers numérique.
Face à cette norme dominante, de nombreuses femmes se retrouvent confrontées à un dilemme profond : accepter leur morphologie naturelle ou chercher à la transformer pour correspondre à l’idéal valorisé. Mais à quel prix ?
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Une préférence masculine de plus en plus assumée
Pour certains hommes, cette attirance est désormais revendiquée sans détour. À Dapaong, Tchable Yogbé, 28 ans, l’exprime clairement : « Je préfère les femmes qui ont un bassin large et des formes généreuses, notamment de grosses fesses. Parce que je trouve cette morphologie très attirante et féminine. Les courbes dégagent, à mes yeux, beaucoup de charme et de présence. »
Un discours partagé par de nombreux jeunes hommes, pour qui cette préférence dépasse le simple goût personnel. Dans certains milieux, être en couple avec une femme aux formes généreuses est perçu comme un signe de réussite, de prestige ou même de virilité.
À Lomé, Monsieur Phydias, mécanographe, va plus loin en assumant une lecture ouvertement sexuelle de cette préférence : « Je préfère les femmes au bassin large, aux grosses fesses. C’est difficile à expliquer, mais quand on est avec une femme aux grosses fesses, on se sent en sécurité. C’est une forme très généreuse qui est éligible, voire indispensable, pour la position levrette deboukeï, une position que tous les hommes adorent. »
Des propos qui illustrent une réduction du corps féminin à une fonction de désir et de performance sexuelle, souvent au détriment de la personne elle-même.
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Une tendance amplifiée par les médias et les réseaux sociaux
Cette fascination ne s’est pas construite dans le vide. Les médias traditionnels, mais surtout les réseaux sociaux, jouent un rôle central dans la promotion de ces standards esthétiques. Jamais les corps féminins n’ont été aussi exposés, commentés et comparés.
Les algorithmes privilégient les contenus visuels à fort potentiel d’engagement. Or, les silhouettes aux courbes prononcées génèrent davantage de vues, de likes et de partages. Cette mécanique renforce l’idée que la féminité désirable se mesure à la largeur des hanches ou au volume des fesses.
Influenceuses, célébrités, clips musicaux, publicités : l’imaginaire collectif est saturé de corps sculptés, souvent retouchés, qui deviennent des références implicites. Pour certaines jeunes filles, cette exposition constante finit par façonner la perception de leur propre valeur.
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La colère et l’indignation des femmes sveltes
Face à cette norme envahissante, de nombreuses femmes expriment leur malaise. Certaines dénoncent une marginalisation silencieuse, mais bien réelle, des morphologies jugées « insuffisantes ».
À Kpalimé, Madame April, institutrice, pointe du doigt la responsabilité des hommes : « Les hommes sont la cause principale de ce phénomène déplorable. Ils associent la beauté aux fesses. Si une femme n’a pas de fesses, c’est qu’il lui manque quelque chose. C’est de là qu’est venu le complexe des femmes à la corpulence svelte. Certains hommes aiment particulièrement les femmes rondes ou même skinny, mais avec des fesses bombées ou des seins volumineux. Leur raison est que ces femmes sont très belles. Les autres, c’est-à-dire les skinny, sont classées comme des dépourvues, des sous-femmes, ce qui amène bon nombre d’entre elles à vouloir recourir à la chirurgie ou à prendre des comprimés pour avoir des hanches ou des fesses et plaire ainsi aux hommes. »
Silvana, vendeuse de liha, partage ce constat amer : « Aujourd’hui, la société fait croire aux femmes skinny, sans formes, qu’elles ne sont ni belles ni attirantes. Pour entrer dans les critères de beauté, il faudrait être ronde, avoir de grosses fesses ou des hanches bien larges. Étant donné qu’elles vivent dans cette société, certaines ont recours à la chirurgie quand elles en ont les moyens. Celles qui n’en ont pas cherchent d’autres solutions pour faire grossir leurs fesses et parfois se créent des soucis de santé. »
Derrière ces témoignages, une réalité se dessine : la pression sociale pousse certaines femmes à transformer leur corps non par désir personnel, mais par besoin de reconnaissance et d’acceptation.
Une attirance aux racines scientifiques ?
Cette préférence masculine est parfois interprétée comme une dérive morale ou une perversion culturelle. Pourtant, des chercheurs avancent une lecture différente. Les travaux du professeur Gordon G. Gallup, de l’université d’Albany, suggèrent que cette attirance pourrait avoir des fondements biologiques.
Selon lui, les fessiers généreux et les hanches larges seraient inconsciemment associés à la fertilité et à la capacité reproductive. Dans cette perspective, l’attirance ne relèverait pas uniquement du désir sexuel, mais d’un héritage évolutif profondément ancré.
Des anthropologues et psychologues évolutionnistes vont dans le même sens, évoquant le fameux ratio taille-hanches, souvent perçu comme un indicateur de santé reproductive. Ces explications permettent de comprendre l’origine de certaines préférences, sans pour autant justifier leurs dérives sociales.
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Quand le désir devient une mise en danger
Face à ces standards, les moyens employés pour « corriger » le corps se multiplient. La voie la plus saine reste le sport. Exercices ciblés, discipline alimentaire, hygiène de vie : les résultats sont progressifs, mais durables.
Cependant, l’impatience et la pression sociale poussent certaines femmes vers des solutions plus radicales. Sur les marchés et les réseaux sociaux, crèmes, huiles, gélules et mélanges artisanaux promettent des résultats rapides. Souvent non homologués, ces produits peuvent contenir des substances dangereuses, parfois hormonales.
La chirurgie esthétique, quant à elle, offre un résultat immédiat. Le lipofilling et le « Brazilian Butt Lift » (BBL) figurent parmi les interventions les plus demandées. Mais ces opérations ne sont pas sans risques, surtout lorsqu’elles sont pratiquées hors de tout cadre médical rigoureux.
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Les risques médicaux et psychologiques
Le Dr Sénam Amadoto, chirurgien gynécologue, alerte sur les dangers : « En chirurgie esthétique, on utilise parfois des prothèses pour augmenter le volume des fesses. Mais le problème des prothèses, c’est qu’elles sont des corps étrangers qui peuvent susciter des rejets par l’organisme et entraîner un certain nombre de complications. Contrairement aux chirurgies dites de lipofilling, qui utilisent les tissus de la personne elle-même et entraînent donc une meilleure tolérance, c’est pour cette raison que la chirurgie BBL connaît aujourd’hui beaucoup d’essor. »
Il insiste également sur la nécessité de prudence : « La chirurgie esthétique, dans le sens puriste du terme, doit s’adresser à une personne responsable, adulte et donc consentante. Les histoires de pommades qui font grossir une partie du corps, sur un plan purement scientifique, me paraissent difficiles à concevoir. »
Au-delà des risques physiques, l’impact psychologique est majeur. Dépendance au regard des autres, perte d’estime de soi, insatisfaction chronique : certaines femmes, même après transformation, ne se sentent jamais « assez ».
Repenser la beauté, au-delà des courbes
Ce débat dépasse largement la question esthétique. Il interroge la place du corps féminin dans la société, la responsabilité des hommes, des médias et des plateformes numériques, mais aussi la capacité collective à promouvoir une diversité des corps.
Si les préférences existent, elles ne doivent pas se transformer en normes oppressives. Entre désir de plaire, quête d’identité et pression sociale, l’enjeu est désormais clair : redonner aux femmes la liberté de choisir leur corps sans contrainte, ni mise en danger.
Car au final, la véritable beauté ne devrait jamais coûter la santé, la dignité ou la paix intérieure.
Stan AZIATO
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